dimanche 29 novembre 2009

Nouveau ou presque…

Chers lecteurs, enfin si j’en ai, j’abandonne pendant quelques billet le cinéma (de toute façon, en ce moment, vous l’aurez remarqué, je n’ai pas trop le temps de publier mais j’espère que cela reviendra) pour mettre sur mon blog des billets qui n’ont rien à voir avec des films mais traitent de différentes choses qui m’interpellent ou des simples voire banales réflexions…

Bref, comme promis à un ami, vous trouverez tout cela ci-dessous. Cela n’a peut-être pas un grand intérêt! A vous de juger mais j’avoue prendre parfois un certain plaisir à les écrire.

Bonne lecture.

A la recherche du temps manquant...

J'ouvre les yeux... et constate que je suis au fond de mon lit. Mon regard traverse ma chambre et se pose sur le radio-réveil placé sur mon bureau. Il est 06h08 et ma bouche est pâteuse. Je décide de me lever pour boire un verre d'eau et, bien que l'appartement paraisse encore endormi, prends le temps de me vêtir un minimum car il me semble avoir entendu la veille, tard dans la soirée, mon colocataire ramener une fille. Ma soif étanchée et n'ayant pas assez dormi, je retourne me coucher afin de glaner quelques heures de sommeil avant de devoir rejoindre mon travail à 13h00.
J'ouvre les yeux... et me souviens que je suis dans mon lit. Ma première sensation est une satisfaction, celle d'avoir réussi à me rendormir. Mon regard se porte sur des vêtements déposés négligemment sur un siège au fond de ma chambre, sur les livres et cours au sol et sur mon bureau ouverts aux pages où je les ai abandonnés la veille et, comme à son habitude, fini son vol en se posant sur l'écran de mon radio-réveil. Il est 02h52!
Mon esprit s'arrête brusquement. 02h52 ?comment est-ce possible? Je n'ai pas rêvais, je me suis bien levé vers 6h! Je regarde sur ma table de nuit, le verre d'eau que j'étais allé chercher est bien à sa place, à demi vide. Je me redresse et m'assieds sur mon lit. Il fait nuit et l'appartement, comme la rue, est silencieux. Mes yeux restent fixés sur l'écran de mon radio-réveil et constatent que l'inscription ne clignote pas, il n'y a donc pas eu de coupure de courant! Une sensation de vertige commence à m'envahir, je suis obligé de reconnaitre que j'ai dormi toute la journée et jusqu'au milieu de la nuit. Je comprends alors que je ne suis pas allé travailler, que je n'ai prévenu personne et que je vais probablement me faire virer pour ça. Je cherche alors dans une certaine panique mon téléphone avec peur et espoir. La peur de découvrir le nombre d'appel en absence de mon employeur que je n'aurais pas entendu pour avoir laissé mon téléphone en mode silencieux. Mais aussi le fol espoir que l'heure de mon réveil ne soit pas la bonne, que dans une hypothétique inattention de la veille au moment de régler mon alarme, j'ai déréglé l'heure. Ainsi, tout s'expliquerait, l'heure de mon premier réveil aurait déjà été fausse. Je trouve mon téléphone sur ma table de nuit, l'heure de celui-ci étant définie par satellite, elle ne peut être fausse. A mon téléphone, il est... 02H52!!!
Mais étrangement, il n'y a aucun appel en absence. Ce fait apaise immédiatement mon esprit car il est certain que si je n'étais pas allé travailler, on m'aurait appelé. Que se passe-t-il? comment ai-je pu dormir de 06h08 à 02h52? Cela ne me ressemble pas. Cependant je dois bien avoué que, pour diverses raisons, je ne dors pas très bien ces derniers temps et que je suis fatigué. Il n'est peut-être pas si improbable de me voir sombrer si profondément dans le sommeil.
Soudainement, j'en viens à me questionner sur la date car il m'arrive parfois, lorsque je redoute un jour ou au contraire l'attend avec impatience, de garder si vivement dans mon esprit ce futur évènement que, s'en m'en rendre compte, j'en avance dans le temps l'échéance. Je redoutais ce vendredi car je n'étais pas sensé y travailler mais face à la maladie d'un collègue, j'avais accepté d'effectuer un remplacement. Or j'ai crains souvent d'oublier de me rendre au travail dans ces situations non-prévues. Je repasse alors dans ma tête le déroulement de la semaine, mon esprit avance peut-être d'un jour. Non! Je suis capable de reconstituer toute la semaine. Ce matin, à 06H08, on était bien Vendredi. Pourtant, quelque chose ne tourne pas rond! Comment ai-je pu dormir autant? Ma tête tombe naturellement entres mes mains, et mon esprit se met dans état d'attention extrême. Je veux comprendre! Je passe en revue encore et encore tout les éléments à ma disposition: le décor de ma chambre, les évènements de la semaine, le verre d'eau de mon premier réveil, mes vêtements, le radio-réveil, mon téléphone, l'ambiance de l'instant... tout!
Brusquement, un détail vient m'intriguer. A mon radio-réveil, il est 02H52! Mais depuis combien de temps suis-je en train de réfléchir? Le temps ne passe-t-il pas ? De plus, mon téléphone et mon réveil indiquent tous deux exactement la même heure. Or ils n'ont jamais été à la même heure! A cause d'une de ses habitudes sans fondements logiques que je traine depuis l'adolescence, j'aime avancer de 5 minutes mon réveil pour pouvoir me dire durant les matins difficiles qu'il me reste 5 minutes de plus que ce qu'indique l'écran.
Alors que je découvre cette incohérence, une sensation d'apaisement vient dénouer ma poitrine et je sens un fugace sourire se dessiner sur mon visage. Eurêka! J'ai compris... Je rêve!!!
J'ouvre brusquement les yeux... mon pouls est rapide mais un incroyable soulagement s'empare de ma poitrine. Devant moi, la tapisserie du mur de ma chambre s'offre à mon regard. Je me retourne en direction de mon réveil, il est...09h03! Je suis enfin sorti de ce labyrinthe!
J'en ris et me lève.

Citations1

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. »
— Thomas Jefferson, 1802

Remarques inutiles... 1

J'ai l'habitude, l'été en particulier, de marcher assez souvent pieds nus, tant et si bien que j'ai fini par développer de la corne. Un matin, j'ai même pu marcher sur une punaise sans gémir de douleur. Cela m'a rappeler que dans l'ancien temps et peut-être encore dans certains pays, l'homme était capable de courir dans l'herbe sans regarder où il posait le pied par peur de se faire mal.
Aujourd'hui, entre nos chaussettes douillettes et nos chaussures à talons ou à coussins d'air; entre le sol de nos appartements et l'asphalte dont nous recouvrons nos villes; nous ne sommes plus guère en contact avec le sol, le vrai, la terre, Gaïa ou quelque soit le nom que vous lui donnez... Si nous devions comptabiliser,sur une vie entière, le nombres d'heures où un homme, créature terrestre, est en contact avec la terre, nous serions sans aucun doute étonnés du résultat!
Il nous faut bien admettre que, de nos jours, l'homme occidentale n'a plus que très rarement... les pieds sur terre...

Anecdote du quotidien 3

Il est un peu près 10h30, le soleil est présent et je pense sérieusement à faire une lessive de blanc. Je décide d'écouter Rockcollection de Laurent Voulzy pendant que je cherche mon linge sale quand mon interphone sonne. Je décroche: "oui" et entends une voix de femme fluette et, il faut bien le dire, un peu niaise: "Monsieur Falconnet...Monsieur Sabin... je ne sais pas bien il y a deux noms sur l'étiquette". Je comprends que cette femme fait probablement du porte à porte puisqu'elle ne me connait que par l'étiquette de mon interphone et me prépare déjà à lui signifier que je ne souhaite rien acheter. Je réponds: "c'est monsieur Sabin". Elle enchaine directement:" Bonjour, je viens à vous en cette belle matinée ensoleillé pour partager une pensée positive. Par exemple, dans la bible, je ne sais pas si vous connaissez ce livre, il est dit que Dieu, notre seigneur, est impartial. Qu'en pensez-vous?" Je suppose immédiatement que cette personne provient de l'important centre et temple des Témoins de Jéhovah qui se trouve juste en face de chez moi. Consterné par sa question, je commence en mon esprit à concevoir une réponse qui aurait l'extrême ambition de dire à la fois ma conception de la relation entre l'homme et la religion, la foi, Dieu et les questions métaphysique sur la création de l'univers ainsi que la relation de l'homme à son propre bonheur. Mais je souhaite également une réponse qui mettrait en évidence les incohérences, les futilités et les archaïsmes de la bible afin d'ouvrir l'esprit de cette petite voix niaise à d'autres conceptions du monde et tout cela, de la manière la plus concise possible afin d'éviter une discussion interminable. Je commence alors une réponse: "je pense que...." Et là, éreinté à l'idée même de concevoir une telle réponse qui, de toute façon, ne mettra pas fin à la discussion; à l'idée de devoir débattre avec une personne dont l'esprit est probablement obtus et formaté depuis des années; je soupire et raccroche le combiné pour retourner à ma lessive de blanc et chantonner avec Laurent!
L'interphone sonnera à deux reprises sans que je ne bouge le petit doigt...

Prière de la Légion, Dîen Bîen Phù, 1954.

"Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste. Donnez-moi ce qu’on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos, ni la tranquillité, ni celle de l’âme, ni celle du corps. Je ne vous demande pas la richesse, ni le succès, ni même la santé.
Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement que vous ne devez plus en avoir.
Donnez-moi ce qui vous reste, donnez-moi ce que l’on vous refuse, je veux l’insécurité, je veux l’inquiétude, je veux la tourmente et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement.
Que je sois sûr de les avoir toujours car je n’aurai pas toujours le courage de vous les demander.
Donnez-moi ce dont personne ne veut mais donnez-moi aussi le courage car vous seul, Seigneur, donnez ce que l’on ne peut obtenir que de soit."

Anecdote du quotidien 2

Encouragé par un vent rafraichissant, par une lumière rasante annonçant l'un de ses doux crépuscules d'été, je décide de rentrer chez moi à pieds à partir du centre ville. Sur le chemin je croise une jeune femme d'une vingtaine d'années, portant un sac de fastfood. Sans être belle, on ne peut objectivement la trouver repoussante si ce n'est par l'incroyable vulgarité qu'elle dégage. Ses traits, sans être ne fins, ne peuvent être qualifiés de grossiers et si ses choix vestimentaires ne trahissaient pas un manque profond d'élégance et de goût, cette jeune femme blonde aurait pu distiller un charme certain. En lieu et place, se trouve un ersatz de Britney Spears dans ses pires dépressions.
Arrivée à ma hauteur, la Britney dauphinoise me regarde avec une intention que j'identifie alors à une quelconque demande de chemin. Ralentissant mon pas, je la regarde dans l'expectative.
Elle me dit: "Bonsoir Monsieur, j'espère sincèrement que vous allez passer une agréable soirée."
Surpris par ses paroles, je réponds béatement: "Euh...oui, je pense..." Elle réplique immédiatement: 'tant mieux alors!" Comme par réflexe je finis la discussion par un: "merci, vous aussi..." puis je continue mon chemin sur quelques pas avant de m'arrêter atterré par ce qu'il vient de se passer. Puis comme pour prouver que je n'ai pas rêvé, je me retourne pour retrouver la silhouette nonchalante de cette étrange femme blonde. Je la vois de dos continuer sa route et instant j'aperçois son pas vaciller. Une idée me traverse alors l'esprit. L'ivresse, voilà ce qui explique cet étrange comportement car bien qu'encore jeune, la jeune femme semble trop âgée pour s'amuser à se moquer des passants comme le font parfois les adolescentes avec de quelconques aguicheries. De plus, ses paroles contenaient une sincérité non feinte. Je persiste dans mon observation mais ne perçoit plus aucun signe de vacillement. Si cette rencontre avait eu lieu quelques heures plus tard, à des périodes de la soirée où les effets de l'alcool se croisent plus fréquemment, l'ivresse m'aurait semblé la seule explication. Mais le doute demeure. Une prostituée peut-être... mais avec un sac de fastfood... Se pourrait-il que je lui ai plu? Moi qui suis incapable de susciter l'intérêt des filles qui me plaisent, verrais-je ma malédiction s'étendre au point de n'être désirable qu'auprès de filles dénuées de quelques grâces?
Toujours est-il qu'alors que les questions germent en masse dans mon esprit, la silhouette vulgaire ralentit son pas. La chevelure blonde se retourne dans ma direction. Et alors que son regard croise à nouveau le mien, je sais que si je maintiens ce contact - tout comme j'avais identifié son intention de me parler la première fois - elle fera demi-tour et reviendra approfondir notre rencontre. Son bassin commence déjà à se retourner lorsque, tétanisé à l'idée de découvrir les réponses à mes questions, je me retourne violemment et poursuis mon chemin d'un pas vif afin de signifier ma volonté de ne pas poursuivre. Je m'étonne alors de ma propre réaction et cherche à comprendre cet évènement aussi futile soit-il. Étais-je effrayé à l'idée de voir mes questionnements ridiculisés par l'haleine de cette femme ou par l'annonce de ses tarifs? Étais-je effrayé à l'idée de voir mon charme n'opérer que sur des femmes de ce genre? Je ne sais pas mais tout le long du chemin qui mène jusqu'à chez moi, à plusieurs reprises je tente de trouver compréhension de ce moment jusqu'à ces mots que vous lisez.
…peut-être n'y avait-il ici qu’un sincère vœu de politesse accordé à un concitoyen...

Anecdotes du quotidien...

Dans le tram A (un ancien modèle), une jointure entre deux wagons grince énormément. Une vieille dame - élégante, coquette, vêtu avec bon goût mis à part son rouge à lèvre fuchsia, qui dans ses jeunes années avait été probablement très belle - me regarde. Ses cheveux couleur prune sont parfaitement coupés, trop parfaitement pour être autre chose qu'une perruque. Ses dents sont manifestement très saines, trop magnifiquement alignées pour être autre chose qu'un dentier. Je croise son regard à traves ses lunettes double-foyers. Elle dit: "C'est pas très rassurant.." J'esquisse un sourire( un de ceux qu'on utilise pour remplacer une réponse qui serait de toute façon sans matière). Elle baisse la tête, ses mains sont sont fermement accrochées aux barres métalliques prévues à cet effet. Puis elle tourne à nouveau son regard dans ma direction et dit d'un ton calme mais sérieux, très légèrement inquiète: "J'espère qu'on va pas faire comme l'avion..." Surpris par sa référence, je dit à voix basse et avec un sourire que je veux rassurant: "je ne crois pas Madame..." Elle descend lentement à l'arrêt suivant.

lundi 29 décembre 2008

The Dark Knight ou le devoir du citoyen

Cet été est sortie la dernière adaptation du célèbre héros de Gotham City: Batman. Réalisé par Christopher Nolan, The Dark Knight est la suite directe de Batman Begins. Je ne vais pas faire de faux suspense, The Dark Knight est une réussite et sûrement bien plus. Si Batman Begins s’était avéré original, cette suite est à un véritable chef d’œuvre et sans doute l’un des meilleurs films de l’année 2008.

Réussir un Batman après les deux films de Tim Burton m’avait toujours paru une chose impossible. De plus les nullissimes suites imposées par Joel Schumacher (il s’en est excusé ici) avait à mes yeux enterré l’homme chauve-souris au cinéma. Mais c’était avant de voir Christopher Nolan ressusciter le mythe. Il avait déjà éveillé mon intérêt avec son Batman Begins et m’avait séduit avec Le Prestige. Mais avec The Dark Knight, Nolan prouve qu’il est encore possible pour Hollywood de faire de très grands films. Des films qui peuvent s’adresser à un public plus exigeant que des ados libidineux et mangeurs de pop-corn.

Pour avoir voulu imiter le style de Burton qu’il ne maîtrisait pas, Schumacher s’était cassé les dents. La force de Christopher Nolan est de reprendre l’œuvre de zéro et d’y imposer son style plus dépouillé, plus réaliste, plus proche de la relecture de Franck Miller. En effet Nolan réussit à faire de son héros ce personnage sombre, seul capable de survivre à la noirceur de Gotham City et condamné à voir ses proches y être engloutis.

Dès les premières images, The Dark Knight s’illustre par l’ambiance particulière qu’impose le cinéaste. Sa Gotham City est très différente de toutes celles imaginées jusqu’a présent. Si l’espression “Gotham City” a souvent évoqué  New York, la ville aux vieux immeubles gothiques, Nolan en fait une ville aux tours vitrées évoquant davantage Los Angeles. Dans Collision, Paul Haggis fait dire à un de ses personnages: “du métal et du verre, c’est ça Los Angeles”. Mais Los Angeles c’est aussi la ville de Michael Mann. L’auteur de  Heat  est cité comme référence par Nolan. L’omniprésence des baies vitrées dans le film n’est pas fortuite.

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De même, la première scène du film: le braquage effectué par le Joker, est un hommage explicite à Heat (on y retrouve d’ailleurs William  Fichtner présent dans le film de Mann).

 

Scène du braquage dans Heat de Michael Mann

Scène hommage à Heat dans The Dark Knight de Christopher Nolan

 

C’est pourtant Chicago qui a été choisi pour tourner le film et représenter Gotham City. Chicago, la ville mythique de la mafia, de la contre-bande, d’Al Capone et de la corruption. Or Batman, personnage créé par Bob Kane et Bill Finger à la fin des années 30 est justement censé combattre  ce banditisme mafieux, une pègre qui est reprise dans le film. La Gotham City des deux auteurs originaux de Batman était donc une ville associant l’architecture gothique de New York et le légendaire banditisme de Chicago.

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Pourquoi s’attarder si longuement sur la cité me direz-vous? Et bien justement parce que le concept de cité est au centre du film de Nolan tout comme il l’est dans les comics de manière générale. En effet, chaque super héros se définit par son pouvoir, sa conception de la justice, son costume et par la ville dans laquelle il opère son “autorité” de justicier. Superman à Metropolis, Flash à Central City, Spiderman à New-York (l’un des rares justiciers à avoir une ville non fictive) et Batman à Gotham City. La dimension “ville” est omniprésente dans The Dark Knight. L’autorité n’y apparaît qu’ à travers l’administration municipale: police municipale (Le commissaire Gordon), justice municipale (le procureur Harvey Dent) et le pouvoir politique à travers la figure importante du maire. Quelle que soit la gravité des évènements c’est au niveau municipal que les solutions sont recherchées et à aucun moment une autre forme de pouvoir administratif ou politique n’apparaît (FBI, Gouverneur ou Président…). La ville est une allégorie de la nation comme durant l’antiquité grecque (Sparte, Athènes, Thèbes…). Même le crime est municipal, il s’agit de la pègre de Gotham (qui, elle aussi, se rassemble en “conseil municipal” durant la scène où le joker se présente à la pègre par un tour de magie mémorable)  même si celle-ci peut avoir des relations avec l’extérieur (Hong Kong, qui, vous l’aurait remarqué, est (était?) aussi une sorte de cité-état). “Cette cité mérite une criminalité de première classe” dit le Joker. Par un pirouette scénaristique (le manoir Wayne, situé en dehors de la zone urbaine, est toujours en reconstruction) Nolan fait même venir Batman et sa batcave en ville.

DarkKnightGLa cité est donc le noyau politique du récit, du drame.

La force de The Dark Knight réside dans le fait que la cité soit un véritable acteur du récit. Le principal ennemi de la justice c’est la cité elle-même. Par sa corruption, la justice y devient minoritaire et vouée à être étouffée dans l’œuf. Par la lâcheté de ses citoyens, les tentatives de justice ne trouvent aucun écho. C’est terreau de criminalité et de désespoir qui engendre des monstres (“freaks”) tel que le Joker, dont l’origine est volontairement gardée mystérieuse par le cinéaste. Souhaitant un Joker absolu venu du néant, Nolan crée de multiples explications à l’origine des cicatrices de son personnage. Mais quelle que soit l’origine inventée, celle-ci trouve toujours ses racines dans un milieu social misérable où l’état de droit n’est pas appliqué à cause de la corruption de la cité. Mais c’est également ce terreau qui a engendré Batman. Cette ville du crime, que Ras Al Gul voulait anéantir pour tout reconstruire dans Batman Begins, qui a provoqué la mort des parents de Bruce Wayne et de ce fait créé le Batman. Le Joker a très bien compris cette situation, c’est pourquoi il fait de cette ville au bord du chaos son premier allié. Ce parti pris de Christopher Nolan donne au film une ambiance sans précédent, une atmosphère dans laquelle toute tentative de justice semble vaine. Toute notion de super héros y disparait parce qu’il devient évident qu’un seul homme, aussi puissant, riche ou déterminé qu’il puisse être, ne pourra pas venir à bout d’une telle putréfaction. En ce sens The Dark Knight diverge de tous les autres films de super héros. L’idée que le héros puisse s’en sortir indemne et réussir à sauver tout le monde s’estompe très vite. On comprend alors que l’histoire contée par Nolan est le récit d’un drame, un drame inévitable pour tous ceux qui tentent de s’opposer à cette cité décadente et corrompue.

Cependant, une lueur d’espoir fait son apparition à travers le personnage d’Harvey Dent, le nouveau procureur de la ville prêt à affronter directement la pègre.

harvey-dent-believe-350w Si la tache semble insurmontable pour un seul homme, elle apparait d’un coup accessible à travers la constitution d’un triumvirat d’assoiffés de justice. La coopération du nouveau commissaire de police refusant la corruption James Gordon (allié de la première heure de Batman), de Batman et du nouveau procureur semble offrir une véritable chance. Harvey Dent constitue l’aboutissement indispensable à l’action du commissaire et du justicier. En effet, Gordon est incorruptible et dispose de force de police mais il ignore lui- même jusqu’où la corruption a pénétré son service. Da plus son action reste limitée par la loi et des poursuites judiciaires qui découleront ou non de son travail. C’est là que le procureur entre en scène, incorruptible également, il peut fournir de véritables suites judiciaire au travail de Gordon. Cependant face à l’ampleur de la corruption, les actions qu’ils peuvent mener sont limitées par un cadre légal trop restrictif pour contrecarrer une telle criminalité. Ici intervient Batman, capable d’agir dans l’ombre et au-delà des limites légales imposées aux représentants de l’ordre. Il peut utiliser des méthodes pour faire appliquer l’état de droit qui sont interdites aux deux autres fonctionnaires. Pour faire appliquer l’état de droit, ils utilisent donc des moyens qui vont au-delà des lois. Ce triumvirat devient alors redoutable et son action contre la pègre devient efficace.

Le Triumvirat de Gotham City

C’était sans compter sur l’apparition du Joker (incroyablement interprété par le déjà regretté Heath Ledger).

dark_knight_1 Venant de nulle part, il s’oppose au triumvirat par des méthodes perverses qui met chacun face à ses propres paradoxes. Batman, qui n’apporte en premier lieu que peu d’intérêt à ce personnage, préférant s’occuper de sa lutte contre la pègre, comprend probablement trop tard  qui se dresse vraiment devant lui. Le Joker est sa némésis, son exact opposé. Si Batman transgresse les lois pour faire appliquer la justice, dévoilant au passage son côté le plus sombre (l’interrogatoire du joker, du chef de la pègre et l’utilisation de la technologie de téléphone portable illustrent tout à fait ce penchant de sa personnalité) , le Joker fait de même. Il transgresse les règles même de la criminalité pour apporter le chaos, l’argent ne l’intéresse pas, le pouvoir non plus. Il se définit lui même comme un “Agent du Chaos”, son unique but est de “watch the world burn”.

vlcsnap-1027268 (2) C’est pourquoi Batman ne parvient pas à saisir les objectifs du Joker. La scène de face à face dans la salle d’interrogatoire est à ce titre édifiante, toute la rage et la colère de Batman n’arrivent pas à bout du Joker. Sa logique échappe à Batman. Ce n’est que lorsqu’il avoue n’avoir jamais voulu tuer Batman que ses objectifs se dévoilent. Ce dialogue évoque un numéro de la BD dans lequel Batman est annoncé mort et où le Joker, furieux, s’en prend à tous ceux qui sont susceptibles de l’avoir tué. Car sans Batman, le Joker n’a plus de raison d’être, il est son partenaire dans la danse macabre qu’il impose à la cité. - Sur ce thème, le film Incassable de M. Night Shyamalan est très intéressant, sa relecture des codes du comics dans un film fantastique est captivante -  Le Joker provoque la tragédie qui détruit le triumvirat de justiciers en le confrontant à ses paradoxes: Batman utilise des méthodes de hors-la-loi, le commissaire Gordon travaille avec des criminels: des flics corrompus et le procureur Dent veut faire appliquer des lois dans un système où l’appareil judiciaire ne fonctionne plus. Des lois qu’il souhaiterait en son for intérieur bien plus expéditives et implacables (ce n’est pas sans anodin quand Dent se fait passer pour Batman, il aspire à autant de liberté que lui). Et surtout, la dangereuse entreprise des trois hommes coute la vie à celle dont les positions étaient les plus juste et mesurées: l’assistante du procureur.

 

Scène de face de l'interrogatoire du Joker: l'impuissance de Batman est flagrante.

 

De ce drame naît Double-Face.

 harvey-dent-aaron-eckhart Harvey Dent anéanti par cet échec abandonne définitivement l’idée de faire appliquer un état de droit dans une Gotham aussi chaotique et décide de faire valoir SA justice. Celle-ci s’applique à tous, y compris à ses anciens compagnons de lutte et de manière violente. Il condamne James Gordon pour avoir sous-estimé la corruption de son service qui a provoqué la mort de son assistante et future femme. Il condamne Batman pour avoir sous-estimé le Joker et ne pas avoir sauvé la bonne personne. Certains spectateurs ont pu regretter que le destin de double face soit scellé si rapidement. C’est, à mon avis, ignorer le véritable intérêt du personnage. De tous les “vilains” de Batman, Double-Face est celui dont le principal intérêt réside dans sa création. Celle-ci accomplie,  l’intérêt du personnage s’amoindrit vite. Franck Miller, dans un documentaire (que je recommande)  présent dans les Bonus du DVD d’Incassable, explique le succès de la BD Batman par son incroyable panoplie de “villains”. Ceux-ci suscitent à la fois l’empathie et l’effroi du lecteur plus que dans tout autre comics.

Le drame de Batman consiste en la rectitude de son choix: sauver Gotham City alors qu’il n’y a peut-être plus rien à y sauver comme l’avait pensé Ras Al Gul. Le dernier acte lui donnera raison mais si Batman a pu sauver Gotham d’un chaos total, c’est bel et bien le Joker qui a pris l’avantage. En détruisant de l’intérieur le triumvirat d’hommes de bonne volonté qui auraient pu ramener l’ordre, il a anéanti les progrès obtenus. En faisant du plus courageux d’entre eux, Harvey Dent, un criminel, il a montré que personne n’était incorruptible. Batman endossera ses crimes pour préserver l’image médiatique du procureur Dent et sauvegarder la possibilité d’une incorruptibilité quitte à s’attirer la haine de la ville.

 

vlcsnap-1027973 (2)  Batman a l’impossible tâche de combattre Gotham City en même temps qu’il la protège. La combattre de l’intérieur et tenter d’anéantir la corruption qui la gangrène mais aussi la protéger de ceux qui, engendrés par elle, comme le Joker, souhaitent sa destruction. C’est une bataille sur deux fronts qu’il ne peut remporter seul, tout ce qu’il peut espérer au final c’est de réussir à repousser ses ennemis et revenir à un statu quo. vlcsnap-1027759 (2)Le héros de Christopher Nolan est plus que jamais seul face au crime, un sombre chevalier prêt à se salir les mains pour faire ce que personne d’autre n’est prêt à  faire.

  - On remarquera qu’un l’élément diffère dans le costume choisi par Nolan par rapport aux précédents: la cape. Si chez Tim Burton celle-ci recouvrait la plupart du temps les épaules et les bras pour donner à son personnage une véritable similitude avec l’animal incarné: la chauve-souris (les films de Burton sont des véritables fables animalières, particulièrement Batman le défi dont la lecture peut se faire à plusieurs niveaux), chez Nolan, la cape est portée en arrière, découvrant les épaules et donnant une noblesse chevaleresque au personnage –

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The Dark Knight (première adaptation cinématographique ne comportant pas le mot Batman dans son titre) n’est pas un film de super héros comme les autres. C’est sans doute ce qui explique son succès (ainsi que les circonstances de la sortie du film: mort d’un acteur après sa meilleure prestation…). Burton avait superbement réussi à faire rentrer l’univers de la BD dans son propre univers visuel et narratif mais n’avait pas effectué de réflexion sur les thèmes entourant le personnage de Bob Kane et Bill Finger. Christopher Nolan a su réinventer le personnage et surtout exalter les thématiques impliquant l’idée d’un justicier masqué. Par une relecture riche et pertinente, il fait apparaître la nécessité d’implication de tous pour obtenir des résultats. On ne peut s’empêcher de penser en voyant le film qu’un homme seul ne peut rien face à un système en panne. Cela renvoie inévitablement au devoir de chacun vis-à-vis de la société. Comment réagir en tant que citoyen face à un état de droit en déliquescence? Nolan est plus optimiste que moi! Si le dilemme opposant les deux ferries piégés devait se produire un jour, je suis à peu près certain que l’un des deux aurait explosé (probablement celui des prisonniers).

The Dark Knight est un film puissant qui laisse espérer un troisième opus tout aussi innovant et original. A l’heure où je croyais n’éprouver plus que de l’écœurement pour les films de super héros dont la fabrication constitue l’essentiel de la production hollywoodienne. A l’heure où je ne pensais plus voir Hollywood avoir de l’audace et produire autre chose que des films pour adolescents attardés avec des effets spéciaux multicolores et une morale patriotique. Christopher Nolan livre une tragédie et crucifie le concept de super héros pour mieux le ressusciter. La tragédie qui nous est conté est celle d’un justicier qui est passé tout près d’une victoire qui lui aurait permis de raccrocher sa cape. La combinaison d’hommes de bonne volonté  qui constituait le triumvirat a bel et bien failli bluffer les syndicats de la pègre. Mais la criminalité de Gotham n’avait pas encore joué toutes ses cartes car dans sa manche, lui restait un… Joker!

The Dark Knight

dimanche 28 décembre 2008

Rêve ou Cauchemar ?

Comme moi, vous avez été fan durant toute votre enfance ?

Comme moi, vous en avez rêvé pendant toute votre adolescence ?

Comme moi, une fois adulte vous vous êtes dit: non c’est irréalisable au cinéma?

Eh bien comme moi, vous allez surement voir vos pires craintes se réaliser!

Courage! Vous ferez, comme moi, semblant que ce film n’est jamais sorti !!!